Plus jamais seul

C'était un soir d'hiver. J'étais un jeune homme timide et solitaire et je regardais avec mon ami Pascal un thriller des plus oppressants. Soudain, je ressentis avec force la présence d'une puissance maléfique. Pris de panique, je devins blanc comme un linge et mon coeur se mit à battre la chamade. "Seigneur mon Dieu, protège-moi !", priai-je intérieurement. Pascal, intrigué, me demanda ce qui se passait. "J'ai peur !", lui répondis-je. "C'est comme s'il y avait un démon qui voulait me posséder." Pascal chercha à me rassurer. Mais il omit de m'avouer que sa mère était voyante et que leur maison avait connu suicide, prostitution et scéances d'occultisme...

Etudiant à Toulouse, j'étais séparé de ma famille et de mes quelques amis toute la semaine. Seul dans mon appartement, je broyais du noir, me repliant sur moi-même en écoutant du heavy metal sulfureux et en lisant de la littérature fantastique. De retour chez moi le week-end, je m'empressais de visionner des films d'horreur. Jusqu'à ce soir d'épouvante chez mon ami Pascal, où l'effroi quitta l'écran de télévision pour s'installer dans ma vie.

Les mois qui suivirent furent pour moi un véritable cauchemar. Obnubilé par ma hantise de la possession, je n'osais plus sortir. Peur de la nuit, peur de la foule et des grands espaces... Je restais rivé au parquet de ma chambre. Les allées et venues en train, en voiture, à pied ou en bus étaient autant d'épreuves qui me paraissaient insurmontables. Quant aux cours que je suivais à la fac, ils ressemblaient à ces affreux films d'épouvante, que j'avais d'ailleurs renoncé à regarder - la réalité était déjà assez effrayante : je devais fréquemment quitter les cours avec précipitation, tant je me sentais oppressé.

En recherche spirituelle depuis le lycée, je fréquentais une Eglise chrétienne. A chaque réunion, j'implorais Dieu de me délivrer de mes peurs et de me donner une compagne. Car l'angoisse n'était pas ma seule souffrance : la solitude me pesait de plus en plus et je recherchais désespérément l'âme soeur. En désespoir de cause, je me rendis chez un psychiatre. Très cartésien, le praticien balaya d'un revers de main mes phobies et ma quête spirituelle, préférant me prodiguer de "bons conseils" : "Vous n'avez jamais songé à aller voir une prostituée", me suggéra-t-il un jour...

Mais le processus de nouvelle naissance qui germait dans mon coeur commença à porter ses fruits : je m'ouvrais peu à peu, devenant plus sociable, tandis que mes angoisses disparaissaient progressivement et que ma vie spirituelle s'épanouissait. Je décidai de concrétiser mon engagement par le baptême. La nuit précédant la cérémonie, je fus de nouveau en proie à des angoisses, comme si le diable cherchait à me dissuader de suivre Jésus. Mais au matin du jour J, je restai ferme dans ma décision et me laissai immerger avec confiance dans les euax baptismales. Une joie intense m'envahit. J'aurais voulu embrasser tout le monde ! Comme si le Saint-Esprit avait fait sauter d'un coup les derniers verrous de la peur.

L'année qui suivit mon baptême n'en fut pas moins éprouvante. je connus mes premiers flirts avec des filles qui n'avaient rien de très spirituel : j'étais persuadé que les chrétiennes étaient toutes des "petites filles modèles" ! Ces expériences me laissèrent insatisfait. Le changement qui s'opérait dans ma vie et le témoignage que je rendais autour de moi m'éloignèrent de mes rares amis. De plus en plus seul, je m'accrochais désespérément à Dieu, qui lui ne me laissa pas tomber. En pleine dépression, je décidai de me rendre chez mon pasteur. Ensemble, nous priâmes et tout à coup, j'acquis la conviction que Dieu allait m'exaucer. Quelques nuits plus tard, je fis un songe : je me trouvais dans ma voiture avec une jeune fille aux longs cheveux bruns, je la serrais dans mes bras et l'embrassais...

Les jours suivants, je repris espoir. J'étais sûr que quelque chose d'important aller se passer dans ma vie sentimentale. Un dimanche, je me rendis à la fête d'une radio chrétienne. Au cours d'une animation, j'éprouvai brusquement le besoin de sortir de la salle. Et dans le couloir, je me retrouvai nez à nez avec une jeune chrétienne : Myriam, une connaissance que je n'avais pas revue depuis trois ans. A l'époque, je l'avais classée d'office dans la catégorie "petites filles modèles". Mais là, ce fut le coup de foudre ! La jeune fille - une jolie brune aux longs cheveux - m'adressa gentiment la parole. Nous échangeâmes nos adresses. Et les (heureux) événements se précipitèrent : une semaine après, je serrais Myriam dans mes bras, dans le décor ô combien romantique de l'habitacle de ma R5 rouge...

Le rêve était devenu réalité ! La fin de la solitude, avec moins d'un an plus tard la célébration de notre mariage. Puis la naissance au bout de quelques années du petit Raphaël. A travers toutes ces épreuves, Dieu m'a donné la foi et la preuve de son amour. Rien ne sera plus comme avant. Avec Jésus, Myriam et Raphaël, je ne me sentirai plus jamais seul.

Patrick (1)

 

(1) tous les prénoms des personnes citées, y compris celui de l'auteur, ont été changés.

 

 

 

 


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