|
Comment
s'aimer soi ?
|
par Jean-Pierre Lachize et Thierry Hernando.
"Charité bien ordonnée commence par soi-même", affirme le dicton. La sagesse populaire est confirmée par la psychologie moderne : l'amour des autres commence par l'amour de soi. Mais pour s'aimer vraiment, encore faut-il avoir été aimé de manière inconditionelle.
Tout individu ayant été aimé gratuitement, pour ce qu'il est et non pour ce qu'il fait, va développer une forte estime de lui-même. Mais malheureusement, ce cas "général" reste quasi exceptionnel ! L'amour de soi est presque toujours déficitaire. Même les personnalités les plus connues et reconnues doutent de leur propre valeur. Parmi elles, nombreuses sont celles qui se dévouent corps et âme pour leur prochain, mais qui sont incapables de s'apprécier et de prendre soin d'elles. Ce sont des personnes qui se sont fuit à travers leur activité, voire leur activisme. La cause de cette fuite de soi ? Un manque d'accueil inconditionnel durant leur enfance. Leur crainte suprême est d'être confrontées à leur vide intérieur. Pas étonnant que de nombreuses personnes tombent en dépression, suite à leur départ à la retraite.
Sage comme une image
Narcisse n'admire pas lui-même, mais son image, celle qu'il renvoie. Pour être accepté, un adolescent doit correspondre au "look" de son groupe. Normal, lorsqu'on a appris depuis l'enfance à cultiver en société une bonne image. "Sois sage, tiens toi bien..." : tous ces messages sont profondément inscrits en nous. Il faut donner une bonne image aux autres. Mais quelle image avons-nous de nous-mêmes ? C'est cette image réelle qui constitue notre personnalité et non l'apparence maquillée que nous essayons d'envoyer aux autres. Là est tout le conflit entre le personnage et la personne, dont a parlé le docteur Paul Tournier. Nous passons notre vie à lutter pour défendre notre bonne image. Ce ne sont que les épreuves de la vie qui pourront casser cette image trop polie (!) et enfin libérer notre véritable identité. Une fois l'armure du "look" éclatée, nous devenons vulnérables, mais aussi atteignables. Malheureusement, certains se durcissent face aux difficultés et la carapace s'épaissit. C'est l'isolement, l'aliénation (être sans liens). Celui qui accepte sa vulnérabilité, au contraire, va devenir sensible aux autres. C'est ce que la Bible appelle la "nouvelle naissance", le passage d'une vie centrée sur soi à une vie de compassion.
Apprendre à s'accueillir
La première étape est de savoir se regarder soi avec tendresse. Bien souvent, n'ayant été accueillis qu'en fonction de notre image, une partie de nous a été négligée, méprisée et donc maltraitée. Cela peut parfois s'apparenter à de l'abus psychique. Maltraités dans cette partie de nous-mêmes, nous éprouvons des difficultés à en prendre soin. Il nous faut pourtant accueillir tout ce qui constitue notre être. Par exemple, un homme qui a été éduqué de façon "machiste" doit accepter sa part de féminité - sans pour autant devenir efféminé ! De même, une fille élevée dans une famille qui n'appréciait que les garçons, doit apprendre à s'accepter en tant que femme. Tous ces rejets dont nous avons été victimes génèrent souvent des blessures qui nous semblent impardonnables.
Panser plutôt que (com)penser
Il est nécessaire d'apprendre à passer de la position de victime, qui est immature, à celle de responsable de soi. L'adulte est conscient que ses parents ne peuvent plus rien pour lui. "Etre adulte, c'est avoir pardonné à ses parents", a dit Goethe. Nous sommes tenus dans une position infantile tant que nous en voulons à nos parents, tant que nous considérons qu'ils ont une dette d'amour envers nous. C'est comme si nous exigions qu'ils nous donnent ce qu'ils n'ont pas pu nous donner... La maturité vient quand on est conscient que nos parents n'ont pu nous transmettre que ce qu'ils ont eux-mêmes reçu : des petits éclats d'amour. A nous d'aller plus loin. On ne peut passer sa vie à compenser ses blessures plutôt que de les panser. Pardonner ses parents, c'est les affranchir de la dette d'amour que nous leur réclamions. Au-delà de son père et de sa mère, il s'agit de pardonner à son prochain, à celui qui nous a fait du mal : patron, collègue, (faux) ami, frère, soeur, éducateur, oncle, tante, cousin, "ex"... bref à tous ceux qui d'une manière ou d'une autre ont trahi notre confiance. Le pardon est accomplis quand la douleur de l'offense a disparu. Pour cela, la douleur émotionnelle liée aux souvenirs doit être libérée.
Vers la libérté de soi
La libération de notre passé se réalise par l'aveu. Avouer, c'est "confesser" à soi-même et à autrui qui on est. Par exemple, quand dans une thérapie de groupe, un alcoolique reconnaît sa dépendance comme une faiblesse permanente, il est sur la voie de la guérison. En avouant qui il est, il apprend à s'aimer et à se libérer d'une fausse image de lui-même. Tout mal-être, ce que la Bible appelle "péché", est en fait une absence d'être, un manque. Se reconnaître en manque, s'est commencer à s'en affranchir. L'étape suivante sera de combler ce manque et de se reconstruire.
A suivre...
Pour vous aider à y voir plus clair :
![]() |
|
Sujets abordés prochainement sur ce site :
- Comment s'aimer soi (suite)
- Le vrai sens de l'amour
- Le désir
- L'amitié, etc.
A bientôt pour vos questions, remarques et suggestions.